L'EUDR (European Union Deforestation Regulation), appelée RDUE en français, n'est pas d'abord un problème réglementaire : c'est un problème de données. Les informations exigées par le règlement (UE) 2023/1115 - géolocalisation des parcelles de production, preuves de légalité, référence de la déclaration de diligence raisonnable - n'existent chez personne au format attendu. Elles doivent être collectées en amont, chez les fournisseurs directs et indirects, puis rattachées à des objets que vos systèmes connaissent déjà : le fournisseur, le site, le lot, la réception.
Ce guide traite la question concrète des équipes SI, Data/Master Data, Achats, Qualité et Supply Chain : comment structurer la collecte des données fournisseurs EUDR dans l'ERP et dans les référentiels qui l'entourent, sans reconstituer un fichier Excel par acheteur. Vous y trouverez où vit chaque donnée aujourd'hui, pourquoi l'ERP seul ne suffit pas, un modèle de données minimal, le rattachement d'une DDS (Due Diligence Statement, déclaration de diligence raisonnable) à un lot et à une réception, la gestion des versions, l'apport de l'IA (intelligence artificielle), la gouvernance et une checklist opérationnelle.
| Question | Réponse courte |
|---|---|
| Quelle est la nature du projet ? | Un projet data et processus, pas un projet juridique : collecter des données amont et les rattacher aux référentiels existants. |
| Qui porte les obligations ? | L'opérateur qui met le produit pour la première fois sur le marché de l'UE ou l'exporte, selon les règles issues du règlement (UE) 2025/2650. |
| Où branche-t-on la donnée ? | Fiche fournisseur, ERP (Enterprise Resource Planning), PLM (Product Lifecycle Management), PIM (Product Information Management), référentiel géographique et gestion documentaire. |
| Quelle donnée est vraiment nouvelle ? | La géolocalisation (point ou polygone) et la référence de DDS : les deux n'existent dans aucun référentiel produit standard. |
| L'ERP peut-il tout absorber ? | Non. L'ERP porte les flux et les lots ; il faut lui ajouter un référentiel d'origine, une base documentaire versionnée et un point d'exposition API (Application Programming Interface). |
| Par où commencer ? | Par le modèle de données minimal (six entités) et par la règle de rattachement DDS → lot → réception. |
De la parcelle au lot, et retour. Le lot existe dans l'ERP, l'origine chez le fournisseur : par défaut, rien ne les relie. Ces trois clés font le lien.
L'article 9 du règlement fixe la liste des informations et pièces justificatives à réunir pour chaque produit concerné, et la Commission européenne détaille ce que recouvre la diligence raisonnable. Ramenée à un projet SI, cette liste se traduit en huit blocs de données - qui, dans la plupart des industriels, vivent dans cinq endroits différents.
| Bloc de données EUDR | Ce que le règlement attend | Où elle vit souvent aujourd'hui | Ce qui bloque |
|---|---|---|---|
| Identification du fournisseur et du site | Nom, adresse postale, adresse électronique, rôle dans la chaîne | Fiche fournisseur en ERP, complétée par des fichiers Excel par acheteur | Doublons de codes fournisseurs entre entités, filiales non rattachées |
| Identification du produit et classement douanier | Description, nom commercial, type, matière première, code HS/NC | ERP ou PIM pour l'article, table douane pour le classement | Code HS à 6 chiffres insuffisant, article non relié à l'annexe I de l'EUDR |
| Composition en matières premières | Matières premières entrant dans la fabrication | PLM, ou recette/nomenclature en ERP | Aucun lien entre un composant acheté et la matière première réellement concernée |
| Pays et période de production | Pays de production, date ou période | Fiche fournisseur, bon de livraison, parfois e-mail | Champ texte libre, pas de référentiel pays, dates approximatives |
| Géolocalisation des parcelles | Coordonnées de toutes les parcelles, point ou polygone | Fichiers Excel, PDF et e-mails du fournisseur | Volume, formats hétérogènes, aucun stockage géométrique côté client |
| Lot, quantité, unité | Lot, quantité, unité de mesure | ERP (réceptions, mouvements, stock) | Unités incohérentes entre fournisseur et ERP, lot sans origine associée |
| Preuves de légalité et de non-déforestation | Documents prouvant la conformité à la législation du pays de production | Serveurs partagés, boîtes mail, espaces collaboratifs | Pas de version, pas d'échéance, pas de propriétaire identifié |
| Référence de DDS | Numéro de référence de la déclaration et justificatifs | Système d'information EUDR (TRACES) et copies locales | Aucun rattachement au lot ni au produit vendu |
Le point commun de ces huit blocs : aucun n'est un champ réglementaire nouveau à créer de zéro. Ce sont des attributs d'objets existants - fournisseur, site, article, lot, document - auxquels s'ajoutent deux objets réellement neufs : la géolocalisation et la DDS.
« […] les opérateurs recueillent, organisent et conservent pendant cinq ans à compter de la date de la mise sur le marché des produits en cause, ou de leur exportation, les informations suivantes, accompagnées d’éléments probants, relatives à chaque produit en cause […] »Règlement (UE) 2023/1115, article 9, paragraphe 1 · texte consolidé, EUR-Lex
L'ERP (Enterprise Resource Planning, progiciel de gestion intégré) est indispensable, mais il a été conçu pour piloter des flux transactionnels : commandes, réceptions, stocks, factures. La conformité EUDR exige autre chose.
| Ce que l'ERP fait très bien | Ce que l'ERP ne fait pas nativement |
|---|---|
| Porter l'article, le fournisseur, le lot, la quantité, la date de réception | Stocker et valider des géométries (polygones, points) et exporter du GeoJSON valide |
| Tracer les mouvements amont/aval et les reliquats | Gérer la version et l'échéance de documents fournisseurs hétérogènes |
| Servir de source pour les quantités et les unités | Qualifier un article au regard du libellé de l'annexe I et du pays de production |
| Alimenter les tableaux de bord achats | Conserver la référence de DDS comme objet à part entière, avec ses amendements |
Cinq briques doivent donc venir se brancher sur l'ERP, chacune avec un propriétaire et un identifiant clair :
le sujet n'est pas d'installer « un module EUDR » dans l'ERP, mais de décider quel système fait foi pour chaque champ, et comment les identifiants circulent d'un système à l'autre.
Pour voir comment une plateforme de données fournisseurs se branche sur l'ERP, lisez Tracklab et votre ERP : le guide de l'intégration.
Vous n'avez pas besoin d'un modèle exhaustif pour démarrer. Six entités suffisent à couvrir les exigences de l'article 9 et à rendre le dossier opposable en cas de contrôle.
| Entité | Identifiant clé | Attributs EUDR à porter | Relations |
|---|---|---|---|
| Fournisseur | Code fournisseur | Raison sociale, adresse, contact, rôle dans la chaîne, taille, statut de conformité | 1 fournisseur → n sites |
| Site | Code site (par ex. GLN) | Adresse, type (siège, usine, exploitation, entrepôt), pays | 1 site → n parcelles |
| Parcelle / lieu de production | Identifiant parcelle | Géométrie (point ou polygone), superficie, pays, période de production | n parcelles ↔ n lots |
| Lot | Numéro de lot interne | Article, quantité, unité, date de réception, fournisseur, site | 1 lot → n documents ; 1 lot → 1 DDS de référence |
| Document | Identifiant document + version | Type, émetteur, date d'émission, date d'expiration, statut, fichier source, champs extraits | 1 document → n lots ou n sites concernés |
| DDS | Numéro de référence du système EUDR | Opérateur déclarant, produits et codes NC couverts, date de dépôt, version, lots couverts | 1 DDS → n lots |
Trois relations portent tout le dispositif :
Le socle de données EUDR : trois référentiels, trois objets de flux, deux clés, et la DDS au-dessus. Après le point, le système maître de chaque objet.
Le piège classique consiste à stocker la géolocalisation en pièce jointe d'une fiche fournisseur. Une géométrie n'est pas un document : elle doit être un objet interrogeable, rattachable à des lots, avec une version.
C'est l'opération la plus mal traitée en pratique : la DDS arrive en PDF, elle est archivée, et personne ne sait plus quels lots elle couvre six mois plus tard. Quatre étapes suffisent.
| Niveau de granularité | Question à laquelle il répond | Où l'on stocke le lien |
|---|---|---|
| Article / code NC | Ce produit est-il dans le champ de l'annexe I ? | ERP ou PIM |
| Lot | D'où vient précisément ce lot ? | ERP + référentiel d'origine |
| Réception | Qu'est-ce qui est entré, et sous quelle preuve ? | ERP (réceptions, mouvements) |
| Expédition / client | Où ce lot est-il parti ? | ERP + traçabilité aval |
Ce niveau de détail n'est pas décoratif : c'est ce qui permet à un opérateur en aval de récupérer la référence de DDS et de la conserver, comme le prévoit la logique issue de la modification de 2025. L'identification du lot par l'association GTIN + numéro de lot est une convention éprouvée, décrite par les standards de traçabilité GS1.
Un dossier de conformité est jugé sur une date : celle de la mise sur le marché. Il faut donc pouvoir démontrer ce que vous saviez à cette date-là. Un fichier écrasé sans historique ne le permet pas.
| Objet | À historiser | Pourquoi |
|---|---|---|
| Document fournisseur (attestation, permis, certificat) | Chaque version, date d'émission, date d'expiration, statut | Prouver qu'un document était valide au moment de l'achat |
| Donnée extraite (pays, coordonnées, période) | Valeur, source, date de saisie, auteur | Justifier une correction et identifier qui l'a validée |
| DDS | Version initiale, amendements, date de chaque version | Garder la cohérence avec les lots couverts |
| Référentiels de paramétrage (codes NC, liste pays, seuils) | Version du référentiel et date d'application | Pouvoir rejouer un contrôle à l'identique |
Trois règles simples rendent cet historique exploitable : jamais d'écrasement (une correction crée une version), une date de validité de début et de fin, un auteur identifié. La conservation attendue est de cinq ans pour la déclaration et les justificatifs. Les preuves à présenter en cas de contrôle sont détaillées dans notre checklist audit EUDR.
L'essentiel des données EUDR arrive sous forme de documents non structurés : attestations de non-déforestation, permis, titres fonciers, tableaux de parcelles en PDF ou Excel, certificats avec numéros de lots. L'IA intervient là, et pas ailleurs : transformer ces documents en champs structurés, avec leur provenance et un niveau de confiance.
| Étape | Ce que fait l'IA | Contrôle humain associé |
|---|---|---|
| Lecture | Conversion du document (texte, tableau, scan) en données exploitables | Vérification du document reconnu et complet |
| Extraction | Récupération des champs : fournisseur, pays, période de production, coordonnées, numéro de DDS, numéros de lots, échéances | Validation des champs à faible score de confiance |
| Normalisation | Mise au format attendu : longitude/latitude, unités, dates, pays | Arbitrage des cas ambigus |
| Détection d'anomalies | Incohérences de superficie, de dates, de pays, format de coordonnées invalide | Traitement des alertes avant rattachement au lot |
Trois garde-fous sont non négociables. D'abord, la traçabilité de la source : pour chaque champ extrait, il faut pouvoir remonter au document et à sa page. Ensuite, la validation humaine sur les données qui alimentent une déclaration réglementaire - le règlement (UE) 2024/1689 sur l'IA impose par ailleurs, pour certains usages, des obligations de transparence et de supervision humaine. Enfin, le contrôle à l'écriture : aucune donnée extraite ne doit entrer dans le référentiel sans passer les règles de validation du modèle.
Le projet échoue rarement sur la technologie : il échoue sur la propriété des données. Une donnée de conformité sans propriétaire n'est jamais à jour. Voici une répartition qui fonctionne, à adapter à votre organisation.
| Donnée | Propriétaire (owner) | Contributeur | Système maître | Fréquence | Contrôle |
|---|---|---|---|---|---|
| Fiche fournisseur, sites, contacts | Achats | Qualité | Référentiel fournisseur | À l'onboarding puis à chaque changement | Unicité et complétude |
| Qualification article / code NC | Douane ou Réglementaire | Achats, R&D | ERP ou PIM | À chaque création de référence | Confrontation à l'annexe I |
| Composition en matières premières | R&D | Achats | PLM ou recette ERP | À chaque évolution produit | Lien composant ↔ matière EUDR |
| Géolocalisation | Achats | Qualité | Référentiel géographique | À chaque nouvelle origine ou campagne | Format et cohérence géographique |
| Documents de preuve | Qualité | Achats | Gestion documentaire | En continu, avec suivi d'échéances | Validité, version, propriétaire |
| Référence de DDS | Réglementaire | Qualité, Supply Chain | Référentiel de conformité | À chaque dépôt ou amendement | Rattachement lot ↔ quantité |
La discipline qui structure tout cela porte un nom : le MDM (Master Data Management, gestion des données de référence), c'est-à-dire l'ensemble des règles qui définissent qui crée, valide et corrige une donnée partagée. Pour la partie échange, la norme ISO 8000-110:2021 donne un cadre utile sur la qualité des données de référence échangées entre systèmes.
Quatre contrôles, automatisables, suffisent à couvrir l'essentiel : complétude (tous les champs de l'article 9 sont-ils là ?), cohérence (quantités, unités, pays, dates), fraîcheur (documents expirés ou manquants) et unicité (pas de doublon de fournisseur ou de lot d'origine).
Le règlement EUDR ne se joue ni dans le texte ni dans le calendrier, mais dans la capacité à faire tenir ensemble la donnée fournisseur, la donnée produit et la preuve documentaire. Pour le cadre réglementaire complet - périmètre produits, échéances, géolocalisation et évaluation du risque - notre guide pilier « EUDR : le guide complet pour mettre votre supply chain en conformité » prolonge directement ce satellite.
Tracklab est une plateforme de gestion centralisée des données fournisseurs et produits : elle centralise les informations amont, automatise la collecte documentaire, suit les échéances, structure les référentiels fournisseur et produit et exploite par IA les données contenues dans les documents. Elle se branche sur vos systèmes existants via des intégrations et n'est ni un ERP, ni un outil de veille réglementaire.
Pas nécessairement, et rarement en premier lieu. L'ERP doit porter le lot, la réception et les quantités ; il doit surtout exposer des identifiants stables vers un référentiel d'origine, une base documentaire et un référentiel de conformité. La décision utile est la répartition des systèmes maîtres, pas l'achat d'un module.
Techniquement possible, rarement souhaitable. La géolocalisation est volumineuse et peu transactionnelle, les documents ont un cycle de vie propre, les flux vivent en ERP. Le bon critère est le suivant : un champ, un système de référence, un propriétaire.
Rattachez la DDS à l'ensemble des parcelles et des lots qu'elle couvre, puis documentez la méthode de traçabilité retenue (traçabilité de masse ou de lot) et contrôlez que la quantité cumulée des lots rattachés reste cohérente avec la déclaration.
C'est déconseillé. Stockez les géométries dans un référentiel géographique ou une base capable de les valider et de produire un GeoJSON conforme, et ne conservez en ERP qu'un identifiant pointant vers l'origine concernée.
Non, et elle ne doit pas. L'IA lit, extrait, normalise et détecte les anomalies dans les documents fournisseurs. La décision de conformité, l'évaluation du risque et le dépôt de la déclaration restent des actes humains documentés.
Les textes et outils officiels sur lesquels s'appuie ce guide.
En 30 minutes, nous regardons où vivent vos données fournisseurs, vos lots et vos preuves.
Leurs équipes qualité et achats collectent, contrôlent et exploitent leurs données fournisseurs avec Tracklab.
entreprises accompagnées
fournisseurs référencés
produits et ingrédients
« Tracklab a supprimé les angles morts qui existaient dans notre suivi documentaire. Chaque document est analysé, chaque changement est détecté et chaque décision est traçable. Cela nous a permis de franchir un vrai cap en matière de professionnalisation et de crédibilité, notamment face aux auditeurs et aux clients. »

Évaluation indépendante de notre dispositif de cybersécurité et de la protection des données confiées à Tracklab.
Ils utilisent Tracklab







Solutions
Ressources