L'EUDR (European Union Deforestation Regulation), appelé RDUE en français, est le règlement (UE) 2023/1115 sur les produits associés à la déforestation et à la dégradation des forêts. Pour la plupart des micro et petites entreprises, son entrée en application est fixée au 30 juin 2027, soit six mois après la date générale du 30 décembre 2026. Ce délai est réel, mais il n'est ni une dispense, ni une exemption : les exigences de fond restent identiques, la responsabilité reste portée par votre entreprise, et vos clients peuvent réclamer les mêmes données bien avant l'échéance légale. Autrement dit, pour l'EUDR et les PME (petites et moyennes entreprises), la date de dépôt recule - pas le travail de préparation.
Ce guide répond à trois questions : suis-je une micro ou petite entreprise au sens du règlement, quand suis-je concerné, et que dois-je mettre en place dès maintenant quand on n'a ni service réglementaire, ni juriste dédié.
| Question | Réponse courte |
|---|---|
| Qui bénéficie du 30 juin 2027 ? | La plupart des micro et petites entreprises au sens de la directive comptable, personnes physiques comprises, qui avaient ce statut au 31 décembre 2024. |
| Qui reste au 30 décembre 2026 ? | Les grandes et moyennes entreprises, ainsi que les micro et petites entreprises déjà couvertes par le règlement bois (EUTR). |
| Le délai est-il une exemption ? | Non. Le zéro déforestation, la légalité et la diligence raisonnée restent exigés, et la responsabilité pèse toujours sur l'opérateur qui met le produit sur le marché. |
| Une déclaration simplifiée est-elle ouverte à toute PME ? | Non : elle est réservée aux micro ou petits opérateurs primaires, c'est-à-dire à des producteurs établis dans un pays classé à risque faible. |
| Quand commencer ? | Maintenant. La qualification des produits, la réponse aux questionnaires clients et la collecte amont prennent structurellement plus de temps que la date ne le laisse croire. |
Le règlement ne renvoie pas à la définition de la PME utilisée pour les aides publiques, mais aux catégories comptables de la directive 2013/34/UE (directive comptable, EUR-Lex). Cette distinction est décisive : elle détermine qui a droit au report et qui reste au 30 décembre 2026.
Une entreprise appartient à une catégorie si elle ne dépasse pas au moins deux des trois critères (total du bilan, chiffre d'affaires net, effectif moyen). Dépasser un seul critère ne suffit donc pas à changer de catégorie.
| Catégorie | Effectif moyen | Total du bilan | Chiffre d'affaires net | Entrée en application de l'EUDR |
|---|---|---|---|---|
| Micro-entreprise | ≤ 10 | ≤ 450 000 € | ≤ 900 000 € | 30 juin 2027* |
| Petite entreprise | ≤ 50 | ≤ 5 000 000 € | ≤ 10 000 000 € | 30 juin 2027* |
| Moyenne entreprise | ≤ 250 | ≤ 25 000 000 € | ≤ 50 000 000 € | 30 décembre 2026 |
| Grande entreprise | > 250 ou au-delà des seuils | - | - | 30 décembre 2026 |
* Si ce statut était le vôtre au 31 décembre 2024, et sauf si l'entreprise était déjà couverte par le règlement bois (EUTR, European Union Timber Regulation), auquel cas la date reste le 30 décembre 2026.
Deux précisions utiles : les États membres peuvent relever les plafonds financiers de la petite entreprise (jusqu'à 7,5 M€ de bilan et 15 M€ de chiffre d'affaires) ; et le mot « micro-entreprise » est un faux ami, car le régime fiscal français de la micro-entreprise ne correspond pas à la catégorie comptable retenue par le règlement.
Dans le langage courant, une PME de 80 salariés reste une PME. Au sens de la directive comptable, il s'agit d'une entreprise moyenne : elle relève du 30 décembre 2026, pas du 30 juin 2027. C'est l'erreur de qualification la plus coûteuse, parce qu'elle se traduit par six mois de préparation perdus.
À l'inverse, une TPE (très petite entreprise) de 8 personnes entre bien dans la catégorie des micro-entreprises : elle bénéficie du report, sans être dispensée de se préparer.
L'article 38, paragraphe 3, du règlement, tel que modifié par le règlement (UE) 2025/2650, vise les micro-entreprises et petites entreprises « qualifiées comme telles au 31 décembre 2024 ». Le repère est donc daté, ce que confirment les codes douaniers associés à cette exemption (code libératoire Y141, Douane française).
Conséquences pratiques :
Le cadre général du texte, des rôles et des preuves attendues est détaillé dans notre guide sur la conformité EUDR ; ce satellite se concentre sur ce qui est propre aux petites structures.
La date dépend de la catégorie comptable, pas du mot « PME » employé au quotidien.
« […] les micro, petites et moyennes entreprises, quelle que soit leur forme juridique, au sens de […] la directive 2013/34/UE »Règlement (UE) 2023/1115, article 2, point 30 · texte consolidé, EUR-Lex
Le report accordé fin 2025 a décalé le calendrier d'un an tout en ajoutant un délai de six mois au bénéfice des plus petites structures. Voici le calendrier à jour, tel que publié par la Commission (rôles et responsabilités, Green Forum).
| Situation | Entrée en application |
|---|---|
| Grandes et moyennes entreprises, quel que soit leur rôle | 30 décembre 2026 |
| Micro et petites entreprises déjà couvertes par le règlement bois (EUTR) | 30 décembre 2026 |
| Micro et petites entreprises, personnes physiques, ayant ce statut au 31/12/2024 | 30 juin 2027 |
| Produits ajoutés à l'annexe I par le règlement délégué (UE) 2026/2102 (café soluble, certains dérivés d'huile de palme, langues de bovins congelées) | 30 décembre 2027 |
notez au calendrier trois dates (30/12/2026, 30/06/2027, 30/12/2027) et une quatrième, contractuelle : celle que votre client principal a fixée dans ses conditions d'achat.
La question « suis-je concerné ? » dépend de deux paramètres indépendants : votre taille et votre rôle dans la chaîne. Le tableau ci-dessous couvre les situations les plus fréquentes en PME industrielle et agroalimentaire.
| Votre situation réelle | Votre rôle au sens de l'EUDR | Obligation légale principale | Pression commerciale typique |
|---|---|---|---|
| J'importe ou j'exporte un produit concerné, ou je le mets pour la première fois sur le marché de l'UE | Opérateur (amont) | Diligence raisonnée, système de diligence, dépôt d'une DDS dans le système d'information | Le client réclame la référence de déclaration avant expédition ; la douane la contrôle au passage frontière |
| Je transforme un produit concerné déjà mis sur le marché de l'UE | Opérateur en aval | Registre de traçabilité conservé 5 ans, signalement des produits suspects | Questionnaires et clauses EUDR dans les contrats de vente |
| Je revends sans transformer | Commerçant | Mêmes obligations de registre et de signalement | Idem, à un niveau de preuve souvent plus léger |
| Je suis sous-traitant, façonnier, ou je fournis des composants et des données sans mettre moi-même un produit concerné sur le marché | Aucune obligation directe, sauf si un de mes articles relève de l'annexe I | Aucune par défaut | Exigences contractuelles du donneur d'ordre : données d'origine, attestations, audits |
Beaucoup de PME ne sont pas opérateurs et n'auront donc jamais de déclaration à déposer. Elles subissent pourtant la pression la plus forte, car un industriel soumis au 30 décembre 2026 doit sécuriser sa propre chaîne avant cette date. Il le fera par contrat : annexe environnementale, questionnaire fournisseur, attestation de non-déforestation, obligation de fournir la géolocalisation des parcelles, audit sur site, clause de résiliation.
Deux règles à garder en tête dans cette relation :
Si vous vendez à un industriel une matière ou un composant qui contient une matière première concernée, vous devenez un maillon d'information : pays de production, lot, date de production, masse nette, éventuellement coordonnées des parcelles. Vous n'avez rien à déposer, mais vous devez pouvoir produire ces éléments de façon fiable et reproductible. C'est un travail de structuration, pas de jurisprudence.
La simplification adoptée fin 2025 a réellement allégé la charge, mais pas pour tout le monde. Trois régimes cohabitent.
Un opérateur est un « micro ou petit opérateur primaire » s'il remplit cumulativement quatre conditions (Commission européenne) :
Ce régime permet de déposer une déclaration unique simplifiée au lieu d'une déclaration par opération. Son contenu, prévu à l'annexe III du règlement, est plus léger :
| Bloc | Contenu attendu |
|---|---|
| Identité | Nom, adresse et numéro EORI si les produits entrent ou sortent de l'UE |
| Produits | Code du système harmonisé (SH) et description, quantité annuelle estimée en masse nette |
| Origine | Pays de production et adresse postale des parcelles, qui peut remplacer les coordonnées de géolocalisation |
| Engagement | Confirmation d'exercer la diligence raisonnée et de ne mettre sur le marché que des produits sans risque non négligeable |
Deux points essentiels : la déclaration est unique et n'est mise à jour qu'en cas de changement important ; l'identifiant obtenu doit être transmis au premier acheteur en aval pour la traçabilité. Et surtout, ce régime ne dispense pas de la diligence raisonnée : il en allège la formalisation.
Une PME française qui importe, transforme ou revend ne remplit pas la condition de producteur primaire : elle ne peut donc pas déposer de déclaration simplifiée, même si elle est petite.
| Obligation | Micro, petite ou moyenne entreprise | Entreprise grande |
|---|---|---|
| Conserver les informations fournisseurs et clients | Oui, 5 ans | Oui, 5 ans |
| Signaler un produit susceptible d'être non conforme | Oui | Oui |
| Déposer une déclaration de diligence raisonnée | Non | Non |
| S'enregistrer dans le système d'information | Non | Oui |
| Vérifier la diligence réalisée en amont | Non | Oui, uniquement en cas de doute sur la conformité d'un produit |
Le premier acheteur d'un opérateur amont, lui, doit collecter et conserver pendant cinq ans la référence de la déclaration ou l'identifiant de déclaration simplifiée qu'il a reçus, sans obligation de les transmettre à ses propres clients.
Elle existe pour les produits provenant exclusivement de pays ou de régions classés à risque faible, sans mélange avec des origines inconnues, standard ou élevées. Elle supprime les étapes d'évaluation et d'atténuation du risque, mais vous devez pouvoir démontrer l'absence de mélange. Attention : la France est un pays à risque faible, ce qui ne suffit pas si vous mélangez des lots d'origines différentes.
Un industriel au 30 décembre 2026 ne peut pas attendre votre échéance de 2027 pour documenter sa propre chaîne. Voici les demandes les plus courantes, et comment y répondre sans mobiliser une équipe projet.
| Demande du client | À quoi cela sert pour lui | Format attendu | Qui la produit chez vous |
|---|---|---|---|
| Code douanier (SH/NC) et description du produit fourni | Vérifier l'appartenance à l'annexe I | Référentiel produit, 8 chiffres | Réglementaire, qualité ou douane |
| Pays et région de production | Alimenter l'analyse de risque | Fiche produit ou fournisseur | Achats |
| Géolocalisation des parcelles (polygones, points, GeoJSON) | Prouver l'origine d'un lot | Fichier au format défini par le client | Achats, avec l'amont |
| Lot, quantité, date de production | Relier un envoi à une parcelle | Bon de livraison, étiquette | Supply chain ou production |
| Référence de DDS ou identifiant de déclaration simplifiée du fournisseur amont | Transmettre la traçabilité dans la chaîne | Champ dans la fiche produit | Achats |
| Attestation de non-déforestation après le 31 décembre 2020 | Sécuriser la conformité contractuelle | Document signé | Direction |
| Preuves de légalité (titre foncier, permis, autorisations) | Défendre le dossier en contrôle | Copies à jour | Réglementaire, notaire ou amont |
Trois conseils de méthode :
Objectif : être capable, sans recruter, de répondre à un questionnaire client et de documenter un produit en quelques jours. Le principe est de répartir le travail sur des fonctions existantes, à un rythme régulier, plutôt que de lancer un projet lourd.
| Fonction | Rôle dans le dispositif | Charge type |
|---|---|---|
| Direction | Tranche les rôles, signe les attestations, arbitre les refus commerciaux | Décisions ponctuelles |
| Qualité | Pilote la procédure, la gestion documentaire et les preuves | Pilote du sujet |
| Achats | Collecte les données amont et contractualise les engagements | Le plus sollicité |
| Comptabilité | Fournit les éléments de taille (bilan, chiffre d'affaires, effectif) | Ponctuel |
| Informatique / ERP | Rattache les identifiants article, fournisseur et lot | Ponctuel |
| Tiers (expert-comptable, fédération, mandataire article 6, autorité compétente) | Qualifie un cas limite, dépose une déclaration au nom de l'entreprise | À la demande |
Ce guide a volontairement écarté un sujet : la mécanique interne. Une PME qui a qualifié son périmètre et compris sa date applicable doit encore savoir où vit chaque donnée - fiche fournisseur, référentiel produit, lots, documents de preuve - et comment la retrouver un an plus tard.
Tracklab est une plateforme de gestion centralisée des données fournisseurs et produits : elle centralise les informations amont, automatise la collecte documentaire, suit les échéances et exploite par IA les données contenues dans les documents. Elle n'est ni un ERP, ni un outil de veille réglementaire. Pour reprendre le cadre général du texte, des rôles et des exigences de preuve, consultez notre guide complet sur la conformité EUDR.
Pas nécessairement. La catégorie dépend de trois critères (bilan, chiffre d'affaires, effectif) et l'entreprise ne change de catégorie qu'en dépassant au moins deux d'entre eux ; il faut aussi avoir eu le statut de micro ou petite entreprise au 31 décembre 2024. Un chiffre d'affaires élevé peut donc vous faire basculer en entreprise moyenne, et donc au 30 décembre 2026. Faites trancher le calcul par votre comptabilité.
Si aucune de vos références ne relève de l'annexe I du règlement, vous n'avez pas d'obligation directe. Vous restez toutefois exposé aux exigences contractuelles de vos clients : données d'origine, lots, attestations, audits. Commencez par faire qualifier vos codes douaniers, référence par référence.
Non. La déclaration simplifiée est réservée aux micro ou petits opérateurs primaires : une personne physique ou une petite structure établie dans un pays à risque faible, mettant elle-même ses produits sur le marché et les ayant produits. Une PME qui importe, transforme ou revend reste soumise au régime de droit commun - ou à ses obligations de registre si elle agit en aval.
Non, mais deux montages existent. Si vous êtes opérateur, vous déposez votre propre déclaration, éventuellement via un mandataire établi dans l'UE. Si vous n'êtes pas opérateur, vous ne pouvez pas déposer à la place de votre client : sa responsabilité d'opérateur ne se transfère pas. Votre engagement porte alors sur la fourniture des données et des preuves.
Trois risques se cumulent : la perte de contrats, car un industriel ne peut pas s'appuyer sur un fournisseur qui ne documente rien ; le blocage de vos opérations douanières à l'import ou à l'export, faute de référence de déclaration ; et, en cas de contrôle par l'autorité compétente, les sanctions prévues par le droit national, dont un plafond d'amende au minimum égal à 4 % du chiffre d'affaires annuel total réalisé dans l'UE pour les personnes morales.
Les textes et outils officiels sur lesquels s'appuie ce guide.
En 30 minutes, nous qualifions votre date applicable, votre rôle et les données que vos clients vont vous demander.
Leurs équipes qualité et achats collectent, contrôlent et exploitent leurs données fournisseurs avec Tracklab.
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