Le cacao fait partie des sept matières premières couvertes par l'EUDR (European Union Deforestation Regulation), appelée RDUE en français : le règlement (UE) 2023/1115 contre la déforestation et la dégradation des forêts. Concrètement, un transformateur ou un distributeur de produits cacaoyers doit démontrer que le produit mis sur le marché de l'Union européenne n'est pas issu de terres déboisées après le 31 décembre 2020 et qu'il a été produit conformément à la législation du pays d'origine. La vraie difficulté ne réside pas dans le texte, mais dans la chaîne amont : le cacao vient en majorité de petites exploitations, agrégées par des coopératives et des négociants, où l'information se perd à chaque maillon avant d'atteindre vos silos.
Ce guide aborde le périmètre produit, les obligations propres au transformateur et au distributeur, la remontée des données depuis les coopératives, la géolocalisation des petites parcelles, l'articulation avec les certifications du secteur et l'évaluation du risque par pays d'origine. Pour le cadre général, consultez notre guide complet sur le règlement EUDR.
| Question | Réponse courte |
|---|---|
| Le cacao est-il concerné ? | Oui : c'est l'une des sept matières premières (bovins, cacao, café, palmier à huile, caoutchouc, soja, bois). |
| Quels produits ? | Les codes du chapitre 18 : fèves, coques, pâte (liqueur), beurre, poudre et chocolat. |
| Quels rôles pour un transformateur / distributeur ? | Opérateur en aval (produit déjà mis sur le marché de l'UE) ou opérateur s'il importe le premier. |
| Doit-il déposer sa propre déclaration ? | En règle générale non (fin de la déclaration « en cascade »), mais traçabilité, récupération de la référence DDS amont et conservation 5 ans. |
| Le point le plus difficile ? | Relier lot → parcelle dans une chaîne fragmentée entre petits producteurs, coopératives et négociants. |
| Géolocalisation ? | ≤ 4 ha : un point GPS peut suffire ; plus de 4 ha : polygone obligatoire. |
| Dates d'application ? | 30 décembre 2026 (cas général) ; 30 juin 2027 pour la plupart des micro et petites entreprises. |
Le critère n'est pas le mot « cacao » dans une recette, mais le code douanier du produit, confronté à l'annexe I du règlement. Cette codification repose sur le système harmonisé (HS, Harmonized System) et se décline, au niveau européen, en nomenclature combinée (NC) à 8 chiffres. Travaillez donc au niveau du code NC avec vos équipes douane, pas seulement au code SH à 6 chiffres.
| Code SH | Produit | Exemples en industrie agroalimentaire |
|---|---|---|
| 1801 | Fèves de cacao, entières ou brisées, brutes ou torréfiées | Fèves vertes ou torréfiées pour la transformation |
| 1802 | Coques, pellicules (enveloppes) et autres déchets de cacao | Coproduits, pellicules de fèves |
| 1803 | Pâte (liqueur) de cacao, même dégraissée | Masse et liqueur de cacao pour couvertures et fourrages |
| 1804 | Beurre, graisse et huile de cacao | Beurre de cacao pour chocolat et confiserie |
| 1805 | Poudre de cacao, sans addition de sucre ou d'autres édulcorants | Poudres et ingrédients cacaoyers |
| 1806 | Chocolat et autres préparations alimentaires contenant du cacao | Tablettes, couvertures, poudres chocolatées, préparations, fourrages |
Deux conséquences pratiques :
l'EUDR n'oblige pas à connaître la composition au gramme, mais à savoir, pour chaque article vendu, s'il est couvert et à quel titre.
Le cacao cumule plusieurs facteurs qui rendent la preuve documentaire plus exigeante que dans d'autres filières végétales.
| Caractéristique de la filière | Conséquence sur la traçabilité | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Production très parcellaire, majoritairement issue de petites exploitations | Des dizaines de milliers de parcelles à identifier pour un seul acheteur | Volume de données à collecter et à contrôler |
| Chaîne à plusieurs étages : producteur → collecteur de village → coopérative → exportateur → importateur → transformateur | Le lien lot → parcelle se fragmente à chaque revente | Identifier qui détient la donnée à chaque maillon |
| Part significative de chaîne indirecte (cacao agrégé, non tracé à la parcelle) | Certains volumes ne sont pas rattachables à une origine précise | Segmenter l'approvisionnement direct / indirect |
| Mélange en silos, entrepôts, cales de navires ou lors du conditionnement | Un lot vendu peut agréger plusieurs origines | Documenter la méthode de traçabilité retenue |
| Identités producteurs hétérogènes (variantes de noms, absence de titre foncier formel) | Difficulté à prouver l'identité et la légalité | Registre producteurs / parcelles univoque |
| Risque de déforestation localisé, parfois à petite échelle | La détection satellitaire ne suffit pas seule | Croiser analyse d'image et données terrain |
Ces constats ne condamnent pas la conformité, mais ils expliquent pourquoi la collecte amont constitue le chemin critique d'un projet EUDR cacao.
La chaîne du cacao, de la parcelle à l'UE
Plus la chaîne est longue, plus la donnée d'origine doit être organisée tôt.
Pour un transformateur (chocolatier, fabricant de poudres, d'ingrédients), le régime dépend d'abord de sa position dans la chaîne.
| Situation du transformateur | Statut EUDR | Obligations principales |
|---|---|---|
| Achète des fèves ou des produits cacaoyers déjà mis sur le marché de l'UE par un opérateur amont | Opérateur en aval | Pas de nouvelle déclaration de diligence raisonnée (DDS, Due Diligence Statement) en règle générale ; traçabilité amont/aval ; récupération et conservation de la référence DDS ; conservation 5 ans |
| Importe lui-même des fèves ou du chocolat depuis un pays tiers et les met pour la première fois sur le marché de l'UE | Opérateur | Diligence raisonnable complète (collecte, évaluation et atténuation du risque) + dépôt de la DDS |
| Transforme des produits importés par une autre entité du groupe hors UE | Selon l'entité qui met le produit sur le marché | Déterminer précisément qui est l'opérateur juridique |
Trois points de méthode :
Le distributeur (grossiste, négociant, enseigne) relève en principe du régime du commerçant (trader) : il met un produit à disposition sur le marché sans être à l'origine de sa première mise sur le marché.
| Cas du distributeur | Statut | Ce qu'il doit pouvoir faire |
|---|---|---|
| Revend un produit déjà mis sur le marché de l'UE | Commerçant / opérateur en aval | Identifier son fournisseur et le numéro de DDS applicable ; conserver les informations |
| Importe en direct depuis un pays tiers | Opérateur | Diligence raisonnable complète + DDS |
| Distributeur non-PME | Enregistrement possible | S'enregistrer dans le système d'information EUDR |
| Détecte un indice concret de non-conformité | Tous rôles | Vérifier, ne pas mettre le produit à disposition et signaler |
Le réflexe utile : côté référence produit, rattacher systématiquement la référence DDS reçue de l'amont au lot et à la fiche article, et prévoir un contrôle de cohérence des volumes.
Une coopérative ne transfère pas la responsabilité EUDR de l'opérateur : elle collecte et consolide l'information, mais la diligence et la déclaration incombent à l'acteur qui met le produit sur le marché. Le rôle opérationnel de la coopérative est néanmoins central.
Certains dispositifs sectoriels facilitent cette remontée : programmes numériques de coopératives, systèmes de traçabilité nationaux mis en place dans les principaux pays producteurs, et outils portés par les référentiels de durabilité.
C'est le point le plus technique - et celui qui bloque le plus souvent les dossiers cacao, précisément parce que les parcelles sont petites. La méthode générale est détaillée dans notre guide géolocalisation des parcelles.
| Situation de la parcelle | Géolocalisation attendue |
|---|---|
| Plus de 4 hectares | Polygone décrivant le périmètre réel de la parcelle |
| 4 hectares ou moins | Un point GPS (latitude/longitude à l'intérieur de la parcelle) peut suffire ; un polygone reste acceptable |
| Exploitant disposant de plusieurs parcelles | Chaque parcelle est géolocalisée, pas l'exploitation dans son ensemble |
Précisions utiles pour la filière cacao :
cartographier des dizaines de milliers de petites parcelles prend du temps. Lancez cette collecte le plus tôt possible, en priorité sur les origines à risque et les chaînes indirectes.
« […] la géolocalisation de toutes les parcelles sur lesquelles ont été produits les produits de base en cause que contient le produit en cause, ou à partir desquels le produit en cause a été fabriqué, ainsi que la date ou la période de production […] »Règlement (UE) 2023/1115, article 9, paragraphe 1, point d) · texte consolidé, EUR-Lex
Le cacao dispose d'un écosystème de programmes et de certifications déjà installés. Ils sont utiles, mais aucun ne remplace la diligence raisonnable ni ne prouve automatiquement la conformité EUDR.
| Dispositif | Ce qu'il apporte | Limites face à l'EUDR |
|---|---|---|
| Cocoa & Forests Initiative (CFI) | Cadre public-privé sur la déforestation et la restauration, avec des travaux de traçabilité à la parcelle en Côte d'Ivoire et au Ghana | Couvre les chaînes suivies par les entreprises participantes ; la couverture et la qualité des données diffèrent entre chaîne directe et chaîne indirecte |
| Rainforest Alliance | Exigences additionnelles alignées sur l'EUDR (géolocalisation, légalité, date de référence), partage de données encadré | La conformité aux exigences additionnelles ne vaut pas conformité juridique EUDR ; le partage de données obéit à des règles propres |
| Fairtrade | Parcours de préparation EUDR pour les coopératives, outils numériques de collecte | Reste un appui aux processus et aux producteurs, pas une preuve de conformité |
| Programmes entreprises (Cocoa Horizons, Cocoa Life, etc.) | Traçabilité, accompagnement agronomique, cartographie | Périmètres et méthodes hétérogènes selon les opérateurs |
Pour les rapports de la Cocoa & Forests Initiative, voir la synthèse du World Cocoa Foundation.
Si vous cumulez plusieurs certifications ou programmes, réconciliez-les sur un socle unique : un même registre de parcelles, une même définition des identifiants, une même liste de lots. Sans ce socle, vous multipliez les preuves sans pouvoir démontrer la cohérence d'ensemble. Sur le fond, la logique est la même que pour toutes les filières : la certification est un élément d'évaluation du risque, pas un substitut à l'obligation.
L'évaluation du risque n'est pas un score figé : elle croise risque pays, risque produit et risque fournisseur.
| Classement pays (art. 29) | Effet pour un acheteur de cacao |
|---|---|
| Risque faible | Diligence simplifiée possible si le produit provient exclusivement de ce pays, sans mélange avec d'autres origines |
| Risque standard | Diligence raisonnable complète - situation de la plupart des origines cacaoyères |
| Risque élevé | Diligence complète et contrôles renforcés |
Le classement des pays est fixé par la Commission (règlement d'exécution (UE) 2025/1093) et peut être révisé : vérifiez la version en vigueur à la date de l'approvisionnement. La liste à jour figure sur la page de la Commission européenne.
Si un risque supérieur à négligeable subsiste, appliquez des mesures d'atténuation (demandes complémentaires, audit, substitution d'origine) ; sans résolution, le produit ne peut pas être mis sur le marché.
Dans le cacao, la difficulté n'est pas de comprendre le règlement : c'est de faire tenir ensemble des données de parcelles hétérogènes, des lots agrégés et des preuves documentaires dispersées entre coopératives, négociants et systèmes internes.
Tracklab est une plateforme de gestion centralisée des données fournisseurs et produits : elle centralise les informations amont, automatise la collecte documentaire, suit les échéances et exploite par IA les données contenues dans les documents. Elle n'est ni un ERP, ni un outil de veille réglementaire. Prochaine étape utile : partez du produit cacaoyer le plus exposé, reconstituez son dossier complet (parcelles, lots, référence DDS) et mesurez le temps nécessaire - c'est le meilleur indicateur de votre niveau de préparation.
Oui, généralement comme opérateur en aval. Vous ne déposez pas votre propre déclaration si le produit a déjà été mis sur le marché de l'UE par un opérateur, mais vous devez assurer la traçabilité, récupérer la référence DDS et conserver les informations. Si vous importez des fèves ou du chocolat en direct, vous devenez opérateur.
Oui. Le code 1806 (chocolat et autres préparations alimentaires contenant du cacao) figure à l'annexe I, comme les codes de fèves (1801), coques (1802), pâte/liqueur (1803), beurre (1804) et poudre (1805).
Pour une parcelle de 4 hectares ou moins, un point GPS peut suffire. Au-delà de 4 hectares, un polygone décrivant le périmètre est exigé. Le seuil s'apprécie parcelle par parcelle.
Non. Ces dispositifs apportent des informations et des processus utiles, mais la diligence raisonnable et la déclaration incombent à l'opérateur qui met le produit sur le marché. Réconciliez les preuves issues des certifications avec vos propres données de parcelles et de lots.
Traitez la situation comme un risque non négligeable : déclenchez des mesures d'atténuation (demande complémentaire, appui à la collecte, audit, substitution d'origine) et, si le risque n'est pas résolu, n'engagez pas la mise à disposition du produit concerné.
Les textes et outils officiels sur lesquels s'appuie ce guide.
En 30 minutes, nous reconstituons avec vous le dossier de votre produit cacaoyer le plus exposé.
Leurs équipes qualité et achats collectent, contrôlent et exploitent leurs données fournisseurs avec Tracklab.
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fournisseurs référencés
produits et ingrédients
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