L'huile de palme est l'une des sept matières premières couvertes par l'EUDR (European Union Deforestation Regulation), le règlement européen contre la déforestation, appelé RDUE en français. Le point que beaucoup d'acheteurs sous-estiment : en matière d'EUDR huile de palme, le périmètre ne s'arrête pas à l'huile brute. Il englobe les fractions (oléine, stéarine, huile de palmiste) et des dérivés qui ne ressemblent plus du tout à de l'huile - glycérol, acides gras, alcools gras.
Trois chantiers en découlent pour une entreprise agroalimentaire ou cosmétique : qualifier précisément chaque produit par code douanier, remonter la traçabilité jusqu'à la parcelle de palmiers à huile, et documenter une évaluation du risque fournisseur. Ce guide décline ces trois chantiers sur la filière palme et renvoie, pour le cadre général, à notre guide consacré au règlement EUDR.
| Question | Réponse courte |
|---|---|
| L'huile de palme est-elle concernée ? | Oui : le palmier à huile figure parmi les sept matières premières du règlement (UE) 2023/1115. |
| Le périmètre s'arrête-t-il à l'huile brute ? | Non : huile de palme et fractions (1511), huile de palmiste (1513), tourteaux (2306 60), glycérol, acides gras, alcools gras. |
| Quelle date de référence pour la déforestation ? | 31 décembre 2020 : pas de conversion de forêt en usage agricole après cette date. |
| Quelles échéances ? | 30 décembre 2026 (grandes et moyennes entreprises), 30 juin 2027 (plupart des micro et petites entreprises), 30 décembre 2027 pour les dérivés ajoutés en 2026. |
| Quelle preuve technique ? | La géolocalisation des parcelles : polygone pour chaque parcelle de plus de 4 hectares, point possible en dessous. |
| Une certification RSPO ou ISCC suffit-elle ? | Non : elle appuie l'analyse de risque, mais ne remplace ni la diligence raisonnable ni la traçabilité parcelle par parcelle. |
| Le risque principal ? | La chaîne à plusieurs étages (petits producteurs, collecteurs, moulins, raffineries, négociants) et le mélange de matières d'origines différentes. |
Le point de départ n'est jamais le nom commercial d'un ingrédient : c'est son classement douanier. Le HS (Harmonized System, système harmonisé) est la nomenclature internationale ; dans l'UE, il est décliné en code de la NC (nomenclature combinée) à huit chiffres. C'est ce code, confronté à l'annexe I du règlement, qui détermine si un produit est concerné.
La position 1511 couvre les « huiles de palme et leurs fractions, raffinées ou non, mais non chimiquement modifiées ». Elle englobe donc, dans une même logique :
Retenez que la mention « raffinées ou non » exclut d'emblée l'argument « mon produit est transformé, donc hors périmètre ».
Le palmier à huile produit deux matières grasses distinctes, qui empruntent des circuits différents :
| Matière | Codes NC à vérifier | Usage typique |
|---|---|---|
| Noix et amandes de palmiste | 1207 10 | Matière première amont |
| Huiles de palmiste brutes et fractions | 1513 21 | Cosmétique, alimentaire |
| Huiles de palmiste et fractions, hors brutes | 1513 29 | Cosmétique, graisses spéciales |
| Tourteaux et résidus solides de palmiste | 2306 60 | Alimentation animale |
L'enjeu opérationnel est réel : une entreprise peut avoir cartographié son huile de palme et découvrir que sa pâte de palmiste, son huile de palmiste ou ses tourteaux relèvent aussi de l'annexe I, avec une origine parfois documentée par d'autres fournisseurs.
C'est le point qui surprend le plus les équipes Achats et R&D, en particulier dans les cosmétiques et les produits d'hygiène. Plusieurs dérivés figurent déjà à l'annexe I, indépendamment de leur usage final :
| Famille de dérivé | Code NC | Exemple d'usage |
|---|---|---|
| Glycérol d'une pureté d'au moins 95 % | ex 2905 45 | Humectant, excipient, tensioactifs |
| Acides palmitique et stéarique, sels et esters | 2915 70 | Émulsionnants, savons, bougies |
| Certains acides monocarboxyliques acycliques saturés | 2915 90 | Intermédiaires oléochimiques |
| Acides stéarique et oléique industriels | 3823 11, 3823 12 | Savonnerie, lubrifiants |
| Autres acides gras industriels et huiles acides de raffinage | 3823 19 | Oléochimie |
| Alcools gras industriels | 3823 70 | Tensioactifs, émollients |
L'acte délégué (UE) 2026/2102, publié au Journal officiel de l'Union européenne en septembre 2026, modifie l'annexe I. Pour la filière palme, il intègre plusieurs dérivés oléochimiques, notamment sur les positions douanières 2905, 2915, 2916, 2921, 2923, 2924, 3401, 3823, 3824 et 3907 - alcools gras, acides, esters, savons, amines, polyéthers - dès lors qu'ils sont issus du palmier à huile. Le préfixe « ex » signifie que seule la partie du code correspondant à ces produits est visée.
Deux précisions importantes :
Un code HS à six chiffres est presque toujours insuffisant. Le libellé de l'annexe I se lit au niveau du code NC à huit chiffres, et parfois au niveau d'un sous-ensemble signalé par « ex ». Concrètement :
matière première ≠ périmètre. Le périmètre, c'est une ligne d'annexe I associée à un code NC et à une date d'application.
« Huile de palme et ses fractions, même raffinées, mais non chimiquement modifiées »Règlement (UE) 2023/1115, annexe I, position 1511 · texte consolidé, EUR-Lex
La déforestation et l'huile de palme sont liées par un mécanisme simple : pour planter des palmiers, il faut convertir des terres, parfois forestières. Les ordres de grandeur publiés par la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) éclairent le contexte :
Côté production, une étude scientifique s'appuyant sur les données FAOSTAT estime qu'environ 28 millions d'hectares étaient cultivés en palmier à huile en 2019, l'Indonésie et la Malaisie en représentant respectivement environ 52 % et 18 %. Ces chiffres décrivent des surfaces et des parts de déforestation : ce ne sont ni les mêmes indicateurs, ni les mêmes périodes, et il ne faut pas les confondre.
Le règlement ne demande pas de comparer une filière à une moyenne : il impose une vérification par parcelle. Pour l'huile de palme, la question est de savoir si la terre où les palmiers ont été plantés était une forêt après le 31 décembre 2020 - auquel cas la matière première est non conforme, quel que soit le niveau de performance moyen du fournisseur.
Deux précisions juridiques utiles :
Une part importante des surfaces mondiales de palmier à huile est exploitée par de petits producteurs - les travaux de cartographie disponibles les situent autour d'un quart à un tiers des surfaces plantées selon les définitions et les années de référence. Leur inclusion est un enjeu de conformité autant que de durabilité : sans cartographie de leurs parcelles, la preuve ne peut pas être établie, et le risque de voir ces producteurs exclus des chaînes approvisionnant l'UE est documenté par les acteurs de la filière.
À cela s'ajoute une structure industrielle à plusieurs étages : les régimes de fruits frais (FFB, fresh fruit bunches) passent par des collecteurs et des centres d'achat, puis par un moulin qui produit l'huile brute, avant raffinage, fractionnement et, le cas échéant, transformation oléochimique. Chaque étape est un point de rupture potentiel pour le lien entre un lot et ses parcelles d'origine.
La première question n'est pas « que dois-je fournir ? » mais « qui suis-je ? ». Le règlement distingue trois situations.
| Rôle | Définition opérationnelle | Obligation principale |
|---|---|---|
| Opérateur | Met un produit concerné pour la première fois sur le marché de l'UE ou l'exporte | Diligence raisonnable complète et déclaration de diligence raisonnée |
| Opérateur en aval | Transforme, distribue ou commercialise un produit déjà mis sur le marché | Récupérer et conserver la référence de déclaration et assurer la traçabilité des lots |
| Commerçant | Met un produit à disposition sur le marché, hors première mise sur le marché | Selon sa taille et son rôle : traçabilité, information, conservation |
Pour un industriel, la situation la plus fréquente est celle d'opérateur en aval lorsqu'il achète auprès d'un importateur européen, et d'opérateur lorsqu'il importe lui-même la matière première. La même entreprise peut cumuler les deux rôles selon les références.
Pour chaque produit concerné, il faut réunir des informations précises et vérifiables :
Une fois les informations réunies, l'opérateur évalue le risque (article 10), conclut à un risque nul ou négligeable, ou met en place des mesures d'atténuation (article 11). Tant que le risque n'est pas ramené à un niveau nul ou négligeable, le produit ne peut pas être mis sur le marché.
Vient ensuite la DDS (Due Diligence Statement, déclaration de diligence raisonnée). Elle est déposée dans le système d'information EUDR, hébergé dans TRACES (TRAde Control and Expert System, le système de contrôle des échanges de la Commission). Le système attribue un numéro de référence à rattacher aux produits. La déclaration et ses justificatifs se conservent au moins cinq ans.
| Catégorie | Date d'application |
|---|---|
| Grandes et moyennes entreprises | 30 décembre 2026 |
| Micro et petites entreprises déjà couvertes par le règlement européen sur le bois | 30 décembre 2026 |
| Autres micro et petites entreprises | 30 juin 2027 |
| Produits ajoutés à l'annexe I par l'acte délégué de 2026 (dont certains dérivés de palme) | 30 décembre 2027 |
Ce sont les autorités nationales compétentes qui contrôlent le respect du règlement ; en France, elles sont désignées au sein des ministères chargés de la Transition écologique et de l'Agriculture, la douane intervenant au passage en frontière. Les États membres fixent leurs sanctions, avec un plafond d'amende au moins égal à 4 % du chiffre d'affaires annuel total réalisé dans l'UE pour les personnes morales, ainsi que des mesures complémentaires possibles (confiscation, exclusion des marchés publics, interdiction temporaire d'activité).
La traçabilité exigée n'est pas « connaître son moulin » : c'est pouvoir relier le produit à toutes les parcelles contributrices. Schématiquement, la chaîne à documenter est la suivante :
Le circuit palmiste ajoute une branche parallèle : noix et amandes, huile de palmiste, tourteaux pour l'alimentation animale.
| Situation | Géolocalisation attendue |
|---|---|
| Parcelle de plus de 4 hectares | Polygone décrivant le périmètre de la parcelle |
| Parcelle de 4 hectares ou moins | Coordonnées d'un point possibles ; un polygone reste acceptable |
| Produit issu de plusieurs parcelles | Coordonnées de toutes les parcelles contributrices |
Quatre exigences techniques reviennent systématiquement dans les cahiers des charges et les rejets de dossiers :
Une carte d'exploitation générale, ou un point unique au centre d'un bloc de parcelles, ne remplace pas la géolocalisation de chaque parcelle d'origine.
| Modèle | Principe | Compatibilité EUDR |
|---|---|---|
| Identity preserved (IP) | La matière d'une source identifiée est maintenue séparée de bout en bout | Traçabilité la plus forte, à condition de disposer des données de parcelles |
| Ségrégation | Matières conformes de plusieurs sources connues, physiquement séparées des matières inconnues ou non conformes | Pertinent si toutes les sources contributrices sont documentées et traçables |
| Bilan massique (mass balance) | Les volumes conformes et non conformes peuvent être physiquement mélangés, avec un suivi administratif | Insuffisant en soi : le bilan massique n'identifie pas les parcelles ayant contribué à un lot donné |
C'est une distinction à retenir pour les négociations commerciales : un volume de « crédits » ne rend pas conforme une matière dont l'origine est inconnue.
De la parcelle au dérivé
Chaque étage de la chaîne est un point où l'information d'origine peut se perdre.
La RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil, Table ronde pour une huile de palme durable) est le principal référentiel de durabilité de la filière palme. Son système est reconnu par le marché, mais il ne constitue pas une reconnaissance officielle de conformité au règlement européen.
Le gap analysis publié par la RSPO identifie plusieurs écarts structurels :
| Sujet | Exigence EUDR | Situation RSPO |
|---|---|---|
| Date de référence « zéro déforestation » | 31 décembre 2020 | Dates historiques différentes selon les référentiels (novembre 2005 pour la forêt primaire et certaines zones à haute valeur de conservation ; novembre 2018 pour certaines exigences des principes et critères de 2018) |
| Traçabilité | Jusqu'à la parcelle contributrice, avec géolocalisation | Modèles de chaîne de contrôle incluant le bilan massique, qui peut mélanger matière certifiée et non certifiée |
| Petits producteurs | Mêmes exigences de traçabilité et de légalité | Dispositifs spécifiques, avec des périodes de transition qui ne valent pas dérogation à l'EUDR |
| Responsabilité juridique | Portée par l'opérateur ou le négociant | Le certificateur ne porte pas cette responsabilité |
ISCC (International Sustainability and Carbon Certification) est un système de certification utilisé notamment pour les chaînes de durabilité des matières premières agricoles. Pour l'huile de palme, la combinaison pertinente est ISCC EU + add-on EUDR : l'add-on intègre des contrôles de traçabilité jusqu'aux parcelles, d'analyse de déforestation, de légalité et de gestion des risques.
Un point de méthode compte : dans ce cadre, la ségrégation physique est requise pour distinguer les produits couverts des produits non couverts. Une chaîne ISCC reposant sur un simple bilan massique ne suffit donc pas à elle seule à établir la correspondance avec l'EUDR.
Autrement dit : une certification RSPO ou ISCC aide à structurer la preuve, mais ne dispense jamais l'acheteur d'exercer sa propre diligence raisonnable. Ce constat rejoint celui que nous faisons pour les autres filières : un référentiel de durabilité et un règlement de traçabilité ne produisent pas les mêmes preuves.
La Commission classe les pays selon leur risque de déforestation : risque faible, standard ou élevé. Ce classement, fixé par un règlement d'exécution, conditionne l'intensité de la diligence : la procédure simplifiée n'est possible que si le produit provient exclusivement d'un pays à faible risque, sans mélange avec d'autres origines. Les principaux pays producteurs d'huile de palme ne figurent pas, à ce stade, dans la catégorie des pays à faible risque.
Trois questions suffisent souvent à qualifier l'exposition : le code NC figure-t-il à l'annexe I à la date de mise sur le marché ? S'agit-il d'une ligne ajoutée en 2026 et donc applicable au 30 décembre 2027 ? Le produit entre-t-il dans une exclusion explicite (usage pharmaceutique, échantillons, déchets, emballage de soutien) ?
Plus la chaîne comporte d'étages, plus il est difficile de prouver l'origine : collecteurs, centres d'achat, moulins, négociants, raffineries, ports. Trois indicateurs utiles : le nombre d'intermédiaires entre la parcelle et vous, la visibilité que vous avez sur les moulins et leurs bassins d'approvisionnement, et le modèle de chaîne de contrôle pratiqué (IP, ségrégation, bilan massique).
La qualité des preuves compte autant que leur existence. Quatre contrôles simples :
| Conclusion | Action |
|---|---|
| Risque nul ou négligeable | Poursuite de la mise sur le marché, dossier documenté |
| Risque non négligeable | Mesures d'atténuation : demandes complémentaires, audit fournisseur, accompagnement à la cartographie, substitution |
| Risque non résolu | Pas de mise sur le marché du produit concerné |
Rappel utile : les autorités contrôlent un pourcentage minimum d'opérateurs, proportionné au risque du pays (de l'ordre de 1 % pour un risque faible, 3 % pour un risque standard et 9 % pour un risque élevé). Un dossier reconstituable en quelques minutes vaut mieux qu'un dossier pléthorique.
La difficulté de l'EUDR huile de palme n'est ni juridique ni documentaire au sens classique : elle tient à la cohérence entre ce que déclarent vos fournisseurs, ce que contiennent vos référentiels produit et ce que vos lots ont réellement consommé. Un portefeuille de dérivés oléochimiques changeant de périmètre en 2027 ajoute une contrainte : anticiper plutôt que réagir.
Tracklab est une plateforme de gestion centralisée des données fournisseurs et produits. Elle centralise les informations amont, automatise la collecte documentaire, suit les échéances et exploite par IA les données contenues dans les documents - pour que la préparation à l'EUDR reste un travail d'organisation, et non une reconstitution d'urgence au moment du contrôle. Elle n'est ni un ERP, ni un outil de production ou de gestion des stocks, ni un outil de veille réglementaire.
L'huile de palme et ses fractions relèvent de la position 1511, y compris raffinées. Le glycérol d'une pureté d'au moins 95 % est visé par le code ex 2905 45. D'autres dérivés (acides gras, alcools gras, esters) sont soit déjà listés, soit ajoutés par l'acte délégué de 2026 avec application au 30 décembre 2027. La vérification se fait toujours au niveau du code NC.
Un polygone est requis pour chaque parcelle de plus de 4 hectares. Pour les parcelles de 4 hectares ou moins, un point géolocalisé peut suffire. Si un lot provient de plusieurs parcelles, il faut fournir les coordonnées de toutes les parcelles contributrices.
Non. La certification RSPO aide à structurer les informations et peut appuyer l'évaluation du risque, mais elle ne remplace pas la diligence raisonnable, ni la géolocalisation des parcelles, ni la démonstration que la production est exempte de déforestation après le 31 décembre 2020.
Parce qu'il autorise le mélange physique de matières d'origines différentes avec un suivi administratif des volumes. Il indique qu'un volume conforme existe dans la chaîne, mais pas quelles parcelles ont contribué au lot que vous mettez sur le marché. La traçabilité EUDR suppose de pouvoir nommer ces parcelles.
Probablement, mais pas les mêmes que celles d'un importateur. Si le produit a déjà été mis sur le marché de l'UE par un opérateur, vous êtes généralement en position d'opérateur en aval : vous n'avez pas à déposer votre propre déclaration, mais vous devez assurer la traçabilité des lots, obtenir et conserver les informations et la référence de déclaration applicables, et répondre aux demandes des autorités.
Les textes et outils officiels sur lesquels s'appuie ce guide.
En 30 minutes, nous faisons le point sur vos références palme, vos fournisseurs et les données de parcelles à obtenir.
Leurs équipes qualité et achats collectent, contrôlent et exploitent leurs données fournisseurs avec Tracklab.
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